A.Giovani Da Punt./dos

Précisément j’étais en retard. Nous avions pris rendez-vous à la terrasse d’un café – pas loin de l’angle que fait la rue de Rivoli avec la rue … Voilà que j’en oublie également le nom. Peu importe. Quelque part en terrasse avec ces mêmes fauteuils cannés – ces mêmes tables rondes – le store à bandes bicolores blanches et vertes – ce jour – là opportunément baissé, mais pour faire rempart à la pluie têtue et froide qui pianotait ses petits geysers inopinés sur la chaussée. Il était assis-là. Je l’ai reconnu sans pourtant l’avoir jamais vu – à cette manière d’indifférence étrange et tranquille dont mon amie s’était fait l’écho lors de ses nombreuses et passionnées descriptions. Outre sa maigreur vertigineuse – son visage hâve encadré de cheveux foncés, raides et désordonnés – apparemment délivrés de toute empreinte de peigne depuis fort longtemps – des yeux très bleus enfoncés profonds comme sous la pression de deux pouces – un léger voile de barbe – elle finissait toujours par conclure sur son « air d’absence paisible » proprement indéfinissable. Il était assis sous l’un de ces braseros destinés à prolonger la fréquentation des terrasses quand arrive la moins bonne saison. Un court instant – sur ce visage aérien flottant distraitement dans le gris du jour – tel un reflet lointain dans les miroirs anciens – j’ai vu rougeoyer les feux de l’enfer – c’est venu comme une évidence – tandis qu’il pinçait paisiblement entre le pouce et l’index de sa fine main droite la tige élancée d’un verre de vin blanc, le calice délicatement ciselé de gouttelettes subtiles. Il le faisait lentement tourner entre ses doigts, engendrant le bercement d’une succession d’allers – retours incessants, parfaitement inconscient de leur hypnotique et aléatoire saturation. On eut dit qu’associés à ce mouvement les éclats de lumière funambules au buvant et à la cheminée du verre réalisaient une primitive transe irrémédiablement figée aux accrocs invisibles d’une cristalline paroi pariétale…

Atelier d’écriture F.Bon / Personnages / été 2017 (Tiers Livre)

 

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photo F.Durif

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Article mis en avant

Chantierencourt – Bref (en quelque sorte).

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photo Françoise Durif

 

Un jour je dis: je vends ces bouquins bien domestiqués à l’appel sur les étagères – comme on pense vaguement je change (de) tout – me sens l’envie d’autres – de nouveaux, une autre peau. Revient alors cette histoire fabuleuse d’un type qui aurait laissé troqué vendu  sa vie : …teau sa gamelle sa poussière ses habits sa bagnole sa maison son travail son pays sa femme son chien ses amis son pain ses mots son cou… ! – tu crois que c’est possible ? (Tu t’imagines que c’est pas dans l’ordre des choses, hein, tu crois ça ?) – tu t’interroges: oh, mais qu’est ce qu’ils ont dit les autres ? – et de quel droit tu bien-penses de leur place ? – quelle idée foldingue ce scénario: changer de vie,  repartir à zéro tout chambouler bousculer chavirer rock and roll mon ami, rock and roll et surtout roll roll roll

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photo Françoise Durif

 

recette à tout faire (bienheureux qui saura l’entreprendre)

Liste des verbes :

Prendre – poser – déposer – reposer – prélever – revenir – partir – répartir – faire revenir – tourner – touiller – mélanger – séparer – remuer – boire un coup – secouer – laver – sécher – émincer – faire frire – glacer – déglacer – agiter – chauffer – lire – consulter – acheter – saler – poivrer – ajouter – boire un autre coup – épicer – demander – goûter – jeter – recommencer – redemander – réserver – reboire un autre coup – commander – couper – peler – piler – pocher – tamiser – étaler – éplucher – trier – découper – laisser mijoter – rajouter de l’eau – de l’huile d’olive – du vin – égoutter – pétrir – reboire boire un autre autre coup coup sans férir.

 

Liste des ingrédients :

Du sec – du mouillé – du vert – du rouge – du jaune – de l’écaillé – du fourré – de l’avec feuilles – du sans feuilles – en poudre – en pâte – en sachet – en paquet – en grains – en graines – en grappes – en groupe – en bleu – en trop – (jeter ? réserver ?) – en promotion – en dégustation – en grande quantité – en vrac – en tas – en couches – en bas – en soleil – en nuit – en lacs – en forêts profondes – en pistes discrètes d’animaux efflanqués – en traces de griffes dans la neige – en feu de camp bois tordu calciné – en bivouac os dispersés carcasse éventrée.

 

Liste des circonstances :

Repas de tous les jours donnez nous notre sans faim quotidien – de fête – d’impromptu – de sur le pouce café – d’amitié – de malentendu – de désespoir – de promesses à toujours pour toujours – de remords plus jamais non jamais – de menteries mais non je te dis mais non – bien sûr que si – de racontars – de boniments – de cancans «  tu sais la voisine de palier dans l’immeuble planté dans le quartier d’à-côté, celle qui avec son grand cabas écossais au marché – celle qui l’autre jour chez le bouquiniste, cachée derrière la pile de revues et polars entassés, avec le fils de …. Tu sais – celle et lui qui ! »

Liste des invités :

Toi – moi – le voisin – sa voisine – le facteur – son vélo jaune – sa sacoche – la marchande de légumes – le boulanger – le trader cravaté – le député coffré – le gourou courroucé – le président présentement présifierré dans son palais – le bouquiniste – l’arriviste – l’arrivé – le paysan – son veau – sa vache – son cochon qui sent des dix – son lait – son beurre – et ta sœur dans la machine à vapeur…

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sur une proposition d’écriture culinaire de Danièle Godard Livet

Toile cirée

la toile cirée

 

 

(ses longues rides croisées

pliures lisses aux mains accordées

les jours bien posés :

 

ceux de murs

pierres racines feuilles épaisses

d’armoire haute et sombre et solide

de bourdonnements chauds

dans l’air bleu têtu

immobile

 

passé le seuil d’ombre

l’âcre sueur du sommeil lourd

d’après-midi

 

les jours donc

d’éclats de feu aux pupilles minérales

 

bien comme il faudrait

 

murmurant loin leurs gouttes fontaines

quand le puits là-bas creusait profond sa moire d’eau

sous l’ocre dur vibrant)

 

 

la nappe vive en toile cirée

dessous en balafres hasardeuses

et oubliées

les coups de griffe

des couteaux.

 

Vieille table aux pieds de bois tourné

éraflés

 

(bulbes gorges et cannelures)

 

dessous

les carreaux carapace rouge – paupière

 

fêlés

 

mille petites veinules d’ennui vacant

désaffecté

 

traces érodées d’en-allés

peu à peu partis

pas à pas feutrés

peu à peu enfouis

pas à pas effacés

 

 

la nappe toile en soleil ciré

en poings de colère

ou

des fois les coudes plantés

 

dessous

 

le sang contenu des jours avec

le continent des jours sans

 

 

son grand rire soleil plastifié ciré

ses doubles-croches cerises

rouge baiser

baiser baisers vermeils

sur la table foncée

 

achetée un jour

de marché

se disant

fera ardente fête dans l’ombre toute

fera

 

éblouissante cuisine

disant !

 

 

Des fois revient

comme une nausée

les boues d’enfance couchée dessus

tête au berceau salé des bras

et les yeux trempés de jaune

l’odeur prolongée de l’éponge rance :

 

bouscule-miettes

chasse-marée

 

illumineux désastre.

 

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fragments d’enquête

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            Un matin je marche. A cette heure encore fraîche une douce brise-porte-plume effleure mon visage et caresse mes avant-bras nus. Ses mille et mille lèvres agiles babillent fébriles aux écoutilles du moi morveux abuseur de je – comme les vagues océans murmurant amers autour des postillons d’archipels portillons des mers

              Hmmm… j’avance j’entends et me dis: écoute – carcasse de débris ! – vois fossile gamin ! Les morceaux de ton puzzle émiettés. Certaines pièces perdues – les autres de boîtes déchirées, mélangées, à demi-pillées

                j’essaie dur depuis c’temps là un impossible courrier

             dans ma tête de bois je brute de moi mal équarri écris à vous comme ci-dessous suit :

               « Monsieur le Président de l’Association des Amis du Château de Graves, »

               Hmmmm… La voix envoûtante du vent, ce souffle du souffle s’essouffle m’émeut -souffle: d’abord la maison – dis-lui la maison

          punaisée sur sa butte escarpée – a été vendue très très en dessous du prix du marché. Tous les nous trois d’accord pour sans parler vite s’en finir. Peut-être à cause de la suie invisible – la sensation limace – baveuse partout aux murs  – la tristesse médiocre et molle – le pli mauvais de la vie tapie au tapis ? La tapisserie surrannée fanée ondulée – une fin de décollement avortée – un cri suspendu. Les cartons humides et dedans

             ma pauvre pauvre inutile patience. Je détaille pour vous la lente contamination des spores moisies – ombres et échos noyés. Avant l’érosion longue et totale de ma volonté je déterre

      dedans ma mémoire les cartons les albums photo, deux aux couvertures poussiéreuses, l’une souple et rembourrée, en faux cuir vert-émeraude – ostentatoire plutôt bon marché, l’autre élimée, dure et rêche, toile délavée couleur brique, filigranes de dorure épuisée sur le dos

            Hmmm… Dis – lui le trou d’image au trou de l’album – casse-tête à trous de tout partout

           la photographie noir et blanc. Format 24 X 18 – fine bordure d’1 cm de largeur – tachée, jaunie, vieil ivoire. En bas dans le coin à droite, embossé en lettres capitales DAVID ET VALLOIS, dessous plus petit : 111 rue Aristide Briand, au-dessous encore LEVALLOIS – PERRET. Wiki. : les fondateurs de la photographie de classe, installés d’abord rue de Rennes à Paris – couvrent  tout le territoire français ! Au verso et au crayon le nom de toi et au recto toi, à gauche, debout, mince, élégant, sérieux, mains dans le dos. Tu es jeune – ça date de vieux

           Hmmm… si j’pouvais repasser le temps – défroisser ! – je file à Paris, je retrouverais les photographes dans leur atelier – je m’embarquerais avec eux – je te rejoindrais et – discret – j’irais bavarder ceux qui t’entourent – l’air de pas… Macache et longueur de temps ça m’fatigue

           fatigue de vous expliquer, Monsieur de l’Association, l’échec répété à simplement épisser mes brins d’histoire. Ma fatigue est souveraine – sertie serrée à la poisse des mots, certains mots – ou vaporisée au brouillard des images – certaines images. Notez bien que je pourrais écrire pareillement: engourdissement – hébétude – torpeur – trouble – glissement – disparition – incompréhension – effacement – idiotie

             macache je vous dis

         Hummm – alors écris les mots des lieux ! – s’engrènent et s’enchainent à ton moi suborneur de je sous tous les toits

            clic. Sur le plus ou bien le moins zoom c’est parti ! – Villes et hameaux surgissent puis s’engloutissent dans les océans de vert, de blanc-gris, de marron – on dirait têtes-bouchons comme l’équipage d’Achab – autour le mikado flottant d’allumettes – baleinière fracassée par Moby Dick la Blanche.

       Aubin – Decazeville – Le Gua – la Découverte – Puycalvel – Lamothe-Cassel – Labastide-Murat – Viviez – Cransac – Firmi – Fumel – Fages – Lugan – La Garinie – Rodez – Villefranche de Rouergue – Cahors

             à chacune repêchée du néant des phrases associées – des souvenirs – des odeurs – des paroles entendues – rêvées – construites – reconstruites – annexées – mélangées tous terroirs – toutes saisons : « Maintenant c’est nous qui sommes en première ligne » – « Qu’est ce que tu vas faire chez-elle ? … lui tenir la main ?! » « C’est là-bas que ton père était en pension… »

             hmmm – calme retour photo

          tout devant, le double rebord d’une margelle, ses longs blocs de pierre alignés et superposés – peut-être un grand bassin ? Les lichens et leurs crachats blanchâtres et difformes trouent le gris minéral. A peine visible juste au-dessous une traînée sombre – des reflets troubles. L’eau ? Derrière la margelle une étroite bande d’herbe piétinée, parfois jusqu’à terre rase – vient mourir contre un talus à pic et son muret en pierres granitiques, massives, irrégulières et rugueuses, cristaux de quartz et de mica. Les larges joints cimentés séparent les écailles de tortue. Tu portes une veste claire, peut-être beige, à rayures très fines, boutonnée seulement sous le revers. Elle baille légèrement à partir de la ceinture, le bas du vêtement s’arrête juste en dessous du sommet du mur. Tu as 24 ou 25 ans ? Début des années 50 ? A droite de la photo un prêtre assez jeune, en soutane sombre, partagée d’une ligne pointillée de boutons rapprochés, tous fermés, du bas jusqu’au col rond. Il est légèrement appuyé contre le mur – presque assis. Il croise les bras. Sa main droite aux doigts effilés repose comme une monstrueuse araignée blafarde ou un poulpe mort et décoloré sur le noir de l’avant-bras gauche. A ses pieds chaussés de bottines en cuir, de grandes touffes d’herbes, épargnées par les piétinements, lèchent et consument de leurs flammèches fines et grises la carapace de tortue.

            toi en civil, lui en soutane, on dirait ces lions impassibles, taillés dans le silence aux arches des temples, gardiens des secrets et dispensateurs d’oubli

               macache

       Puycalvel, chapelle du XIIème (votre mariage ?) – voilages de fils blancs entrecroisés, épais, les toiles d’araignées tombent en cataracte derrière les vitres. Dans l’enclos resserré tout autour l’éparpillement des pierres tombales déchaussées

     Rodez – cathédrale, catafalque, l’hôtel Broussy où ta sœur travaillait – pas loin son appartement, rue Ste Catherine peut-être – les vieux lits en bois veiné de noir (je crois), leurs formes délicieusement douces lisses et arrondies, brillantes ! – les édredons trapus. Elle me dit (et le matin danse dans la poussière d’un rayon de soleil) elle me dit, j’étais gosse déjà – (j’écris déjà, Monsieur des Amis – pour l’idiotie mienne que je vous nommais – qui source et continue depuis tout ce temps-là et peut-être bien avant, et mon regard hagard de ne rien comprendre et plus on m’explique, plus…) – Elle me dit : « je t’ai regardé dormir tu ressembles à ton père – comme ça là, avec ton bras sur les yeux. » Fierté de comme lui

       Lugan – La Garinie – le château de toi gosse – sa grosse veine colérique dilatée tout le long de la tour – dressée comme un reproche accablant ou un juron. (« Foutez moi la paix nom de Dieu…  foutez moi le camp d’ici… ») Quand très rarement tu l’imitais – je voyais, dans un songe à facettes : ton père irascible et ses cris / toi petit pétri de peur / toi plus grand noué de colère/toi devenu mon père de nous les trois/ta galerie d’enfance et ses images éclatées

           parenthèse. Le vieux maigre gueulard barbu et intraitable – je crois bien que je l’ai vu je crois bien qu’il sentait la jaunisse et peut être l’urine (Ça serait un souvenir lointain noir et blanc à l’odeur cirée – l’inexplicable odeur cirée que je polis au luisant des cercueils) – assis sous un plaid dans son fauteuil d’hospice de mort – à venir par petits bouts. (On lui aurait rendu visite une fois presque en cachette et pourquoi en douce comme ça – quelque part à Rodez) – mais c’est je crois bien seulement ! – macache ! – pareil le catafalque à Rodez ?

          pourtant j’ai bien vu au rituel des Toussaints le caveau – sa quasi guérite ornée de cascades de plaques de marbre noires – à inscriptions dorées et photos glabres ou en moustaches – uniformes – médailles et galons – comme des décorations épinglées en abyme sur un torse militaire.

         zoom + / – et traveling temporel : un jeune homme et sa femme, sans enfants encore, partis du Lot et de l’Aveyron – milieu des années 50 – direction la Loire, Firminy, Fraisse, Unieux, doublement déracinés, par l’industrialisation et le changement de terroir, soufflés par la poussière de charbon. Bientôt le père recuit aux gueules des haut-fourneaux et secoué au rythme du marteau-pilon. Compagnie des Ateliers et des Forges de la Loire CAFL – (les grands panneaux à l’entrée de l’usine maintenant rasée. Ici pour devenir parking – ailleurs friche – là ?)

            Hmmm zéphyr retour photo

         tu portes un pantalon « de golf » façon tintin, arrêté au dessus de la cheville, à carreaux très discrets, et comme lui des chaussettes blanches, des souliers bas, brillants. Chemise – cravate nouée serrée. Lunettes à monture épaisse – cheveux coupés court, en brosse – net – net – net. Tu regardes en direction du photographe, d’un air sérieux mais pas sévère – non pas sévère. Entre toi et ton presque double en soutane un groupe de garçons, d’environ 12-13 ans, assis sur les marches d’un escalier. 7 rangées superposées de presque 10 chaque fois

          celui qui croise les jambes et sourit, celui qui baisse la tête celui qui a mis une cravate à larges rayures, celui qui a boutonné sa veste, celui qui la porte ouverte sur un pull à motif, celui qui est resté debout appuyé contre le talus et regarde un peu narquois, celui-ci on dirait presque aveugle derrière les verres qui lui dévorent le visage maigre, celui qui porte fièrement une raie sur le côté, celui qui fait la tête, lèvres serrées rabattues dans les coins, yeux presque fermés, celui qui calque son attitude sur celle du prêtre juste en dessous de lui, celui-là plein centre, tête ronde, qui pourrait aussi bien se retenir de pleurer ou peut-être le soleil ? – et pour tous ou presque des chaussettes qui montent sous les genoux, des jambes blanches et croisées en tailleur, vestes et cravates fréquentes et pantalons rares

           au sommet de cette pyramide – un peu en arrière-plan – dans une encoche de niche, une grande statue de saint ( ?) barbu. Sa tunique dessine de longs plis alanguis comme ces coulées de cire saisie aux colonnes refroidies des cierges. Il est solide et penche la tête tendrement vers l’enfant qu’il tient dans ses bras – à peine plus qu’un nourrisson – recroquevillé – blotti au repos contre son épaule droite

        devant la statue une allée se devine, de part et d’autre deux bancs de bois bringuebalants à peinture écaillée. Derrière, un haut mur de pierres petites et sèches, à son flanc grimpe la forme d’un escalier à double volée, masqué de buissons, peut-être des buis. A son palier supérieur la griffe des piques d’un portail en fer forgé, l’accès à une esplanade invisible depuis la prise de vue en contrebas. A l’arrière-plan, sévèrement alignées, de hautes fenêtres aux volets clos – une interminable façade de bâtiment, déchiquetée entre les fûts et les branches noires de deux fois deux feuillus décharnés

             Hmmm on dirait, Monsieur du Château, une sorte de pensionnat – fin des années 40 peut-être ? – ou peut-être un séminaire que vous pourriez … ?

              macache macache maca…

Proposition d’écriture: http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4742

Après – coup (pour Stewen !)

 

à l’heure de la dernière transhumance borrachito personne pour nous guider prendre par la main assurer notre pas – nos rêves d’images mescalito ou le grand blanc de nous hommes de la pampa d’ici-bas ! – les têtes billard rugissantes et leur désordre de petites planètes agitées en bulles au barillet de l’explosion ! – terminerons fuzzy buzzy bollocks en grandes myriades d’atomes foutraques et décrochus et tant pis tant mieux comme ça – finirons gerbe terminale en petits millions de millions d’astéroïdes vulcanoïdes rouges bleus et brouillons

parfois foireux parfois fameux toujours fumeux au néant des éons

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là-bas

Depuis d’où t’en viens que reste-t-il

combien

quel poids

quelles odeurs

quelles couleurs

quelles musiques

vibrations lentes

quels échos

quels ondoiements

quelles archives inédites de ton corps

en flèches et sources et grottes

failles muettes

multiples obscures tièdes

inouïes secrètes infinies

combien

de frictions de frissons de fissions

écorchées de toute fiction

 

Combien – comment – jusqu’où

quels commencements

ta chair d’humain ?

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Méandres et chuchotis

Un jour un si lointain beau jour ou éventuellement un pauvre petit jour corseté de résille ou bien un jour bulle de reflets diffractés au pilon continu du battant – les pas déposés en traces en raclures en poussière en oubli en méconnaissance infinie sur les planchers – carreaux – bitume – goudron – terre – boue – heures vagues – peut-être un jour d’incertitude et de pointillés, ce jour là quelques jeunes femmes firent leur affaire d’un rêve que je leur avais décrit.

Plutôt les décombres qui encore affleuraient. Je leur en avais tendu inquiet la verroterie ternie, des cailloux d’images fossiles extirpés de ruines disloquées et défigurées. Je les trouvai alors réunies chuchotant d’abondance comme pour tramer un interminable tissu. Elles décidèrent seules leurs regards fixes enchâssés comme statues de pierre dans les niches aux portes des églises – seules de se tenir face à face – raides et nouées comme un fagot de sarments enchevêtrés – seules de psalmodier une mélopée de sons inarticulés – seules la rumeur sourde de grognements et soupirs – seules leurs murmures chuintants comme les tentures lourdes du noir humide aux pierres des mêmes églises ; et ça s’entassait en couches folles et entrecroisées – une nuée d’insectes fébriles et obstinés frotteurs d’élytres opaques – un chœur grave de tragédie antique – un bouquet de pleureuses en mains torves et larmes pâles dévidées de chutes en chutes. De la glace et son cœur de brasier. J’entendais je voyais ce lambeau envolé du songe de ma nuit d’avant – j’en palpais le mirage imprécis et tremblant – j’absorbais des yeux des oreilles de la peau ces rivages confus exilés de ma tête avec toutes ses mères d’enfants crasseux – vives et mortes – leurs silhouettes de sentinelles de portail d’école – abstraites et sévères – devant moi exhumées – mon dedans d’inconnu éventré comme un château de cubes approximatifs et bariolés – ci-devant dispersés à coups de pieds rageurs et précis.

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Transports

Elle qui, ce petit tas de larmes impossible boursouflé violacé (son bébé ils écrivent qualifiant cette inconsolable chair qui la dévore la déchiquète à petits feux jusqu’à fournaise et cœur marteau cognant le tube étroit du gosier – envie de vomir et soubresauts nauséeux de tant suffoquer – elle et lui ) – c’est noté, l’a posé enfermé dans le recoin sombre où elle ne l’entendra plus parce qu’enfin la porte il a bien fallu l’intercaler entre elle et les becs aigus des cris foreurs de tête – une fois de trop et d’encore – le carrelage froid du réduit, la porte son épais de silence, non pourtant pas complètement mais quand même déjà c’est un peu mieux, c’est cotonneux le repos qui repousse dans la tête quand les vrilles s’éloignent, comme ces feux loin dans la nuit – l’ambulance au-dedans toute blanche et brillante – déporte sa civière au milieu des tentures de noir avec les deux devant qui parlent doucement – des fois se taisent – ça fait des pointillés de voix une brume de n’importe quoi (comme on parlerait parfois en croyant les enfants endormis et puis tout ce qu’on dit on l’oublierait et d’autres cris peut-être viendraient ?) avec les anneaux blancs aux chevilles aux poignets des fois qu’elle s’envolerait qu’elle partirait en fumée folle ou qu’elle s’arracherait les cheveux – des pleines poignées de cheveux avec des lambeaux de peau avec des morceaux d’os et de crâne – ouvrir la boîte – laisser s’échapper les cris prisonniers qui tournent buttent l’étourdissent de leurs oiseaux noirs affolés ou alors des petites mains minutieuses et vives aux ongles aiguisés pour fouailler – dépecer – ou éventuellement une calotte de douleur au moins un peu en surface – mais peut-être si pas suffisant sauter serrer la gorge des deux qui maintenant se taisent engouffrent la nuit dans leurs yeux et conduisent la civière vers l’autre endroit mais s’attendre à quoi – parce qu’attaché là ceci est un corps dans la barque indifférente sur le fleuve rouleur de nuit

elle qui, (a entendu une voix nouvelle « on vous ouvre ») la grande claque d’air glacé sur le masque du visage c’est à dire dès que les portes, quand le noir ouvert pose doucement sa main (c’est bon enfin ce frais), fait sentir à nouveau les contours – et puis après c’est vite le long corridor sonore des pas – les barres rouges des battants claquant contre le mur – les deux de tout à l’heure maintenant séparés – l’un passé derrière, l’autre son dos sa nuque devant, en haut les lumières comme des lames de blanc cisaillent le bleu des yeux – a passé allongée sur le souple des roulettes – lui derrière, elle devant – des seuils à bruits de serrure – sans compter ni jamais savoir où – le dernier avant maintenant la pièce blafarde et vide – ses murs de carreaux froids comme des étoiles mortes – des lèvres grises au souffle d’éther – le brancard amarré au lit au centre du cube en géométrie rigoureuse et hygiénique – on lui ôte ses bandes de blanc aux poignets aux chevilles et là une vague soulève le corps jusqu’au lit et là grande économie de mots et là c’est lanières de bleu et là c’est soulevez le bassin s’il vous plaît disent les mains qui glissent la culotte noire sur les cuisses blanches et pleines et là c’est grande économie de mots

alors  dit « je suis arrivée à la morgue » alors dit « je crois que je ne vous fais pas confiance » aux silhouettes de blanc et de paroles rares dressées aux portes de sa peur

une fois d’encore et de trop

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6#du voyage

«  ce TGV comporte une voiture-bar…

nous rappelons que les accompagnants..

départ imminent merci de vous éloigner de la bordure…

dans les voitures. »

Derrière moi un bébé crie. Devant à droite une jeune fille longiligne, jeans en fuseaux infinis. Elle est venue s’asseoir par terre, le dos calé contre la paroi de plexiglas silhouettée d’une frise d’édifices lyonnais (Fourvière – Saint Jean… en ombres chinoises mauves – crépuscule évêque sur Lyon la très catholique) – non pas que la salle d’attente soit comble – simplement la fille est à l’âge où. Le bébé lacère inlassablement la brume de fond sonore. Elle rédige un texto, ses deux pouces mandibules grignotent le portable, les coudes plantés en étai triangulaire sur ses cuisses sauterelles d’assise en tailleur.

Sur le guichet mobile : « Accueil-Embarquement ». En tons de rouge et de gris séparés de bandes blanches. Tout s’égoutte

« Ta da da… le TER 887134 partira voie G »

depuis la pointe du stylo les mots n’ont plus le loisir de la phrase – tournent et retombent en vrac comme des feuilles roussies troussées de vent. Je ne sais plus si c’est de Liscano: l’envol des mots murmures d’étourneaux, les reflets vibrants d’écaille des mots poissons – ici le mouillé du bientôt soir ternissant pousse depuis autour tout comme d’en-dedans – entremêlé d’éclats changeants tristes et lumineux.

La fille au texto a changé. Une autre est venue occuper exactement la même place. Elle est plus trapue – un grand châle en patchwork de bleus et de bruns plus ou moins foncés recouvre ses épaules. Sur ses jambes étendues un livre de poche

« Ta da da… le TER 889931 en provenance de Bourg en Bresse est annoncé voie A… »

posé sur le pantalon moulant noir. Titre indiscernable. Elle aussi textote… elle aussi les mandibules …

En face de moi un homme la soixantaine fatiguée – l’éclairage blafard surplombant dépose une pelure grisâtre – une page de cahier brouillon griffonnée de rides – (et peut-être lui ? «  en face de moi un homme – la soixantaine ? fatigué ! – l’éclairage ? ») Il mastique un sandwich (de chez Paul ?) qui gonfle ses joues – le sac d’emballage marron – tenu serré dans la main droite bruisse comme quand gamin on file des coups de pied en marchant vite dans les tas de feuilles d’automne ébouriffés, mais là c’est en plus bref. (Attention dépêchez-vous – arrêtez donc de traîner ! – sous les feuilles il y a peut-être des serpents !) Mastication de papier froissé.

« Le TER 887337 à destination de St André le Gaz…

Etrange St André le Gaz !

La SNCF… bon voyage. »

Dans mon dos une succession de petits chocs – vibrations et cognements assourdis – vont en s’accélérant au fur et à mesure qu’en dessous le train s’arrache aux rails et gagne lentement en vitesse – des vagues de frais cisaillent la tiédeur de la salle d’attente à chaque ouverture des portes coulissantes donnant accès aux quais.

Les estompes de vies s’additionnent se côtoient se masquent et s’ignorent comme une armée de loques ed fosse raides et esseulées – à jamais accrochées aux limbes d’une salle des pendus.

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Billes en tête 3

L’impression que je garde de tout ça – il parlait sans jamais regarder en face – occupé à tyranniser les glaçons à petits coups secs de banderille – l’étroit bâtonnet plastique jaune vif plongeait tourbillonnait dans le bleu-brun mélancolique du mélange curaçao – liqueur d’orange – champagne et bulles – drôle de saloperie de cocktail qu’il a encore inventé je me disais – secouait bousculait le tout – accompagné d’un fantôme de voix – c’est que de toute façon elle avait tellement déjà tout bu et revomi de sa vie qu’elle avait plus qu’à s’en laisser crever de suite – assise là sur le rebord de la fenêtre, pieds nus dans l’herbe mouillée, à me raconter ça – momifiée presque dans ses longs cheveux gris filasse – le creux sombre à la place des joues et ses bras brindilles d’ecchymoses – elle m’assurait la femme qu’elle aurait pu être si elle avait… et si jamais mais que c’était pas encore trop tard et que maintenant qu’elle avait été conduite ici et bien cette fois-ci elle allait… – et miroitaient en suspension une myriade d’éclats vifs et fulgurants – fissiles et explosifs comme une nuée de regrets un murmure de mirage ou encore le soleil presque tiède et bientôt larmoyant dans les chandelles de glace pendues aux gouttières – va savoir – il disait remuant son maelstrom de reflets mauves – ça tintait aux parois glacées du grand verre à pied – un triste naufrage bulleux – un air de stroboscope d’après boîte de nuit quand la tête rassemble ses copeaux – et donc… ? – j’ai risqué comme il semblait à son tour s’enfoncer – remonter – divaguer – sombrer à nouveau dans son propre désastre – ben elle est morte quelques semaines après – rupture d’anévrisme – le cerveau raz-de-marée – inondé de toutes ses couleurs liquides fanées passées – perdues – on devrait pas se mêler des histoires des gens après elles te lâchent jamais – comme la photo d’un enfant allongé dans le capiton blanc sous ses fines paupières bleues.

 

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Concours de Noël de Stewen ! https://www.youtube.com/watch?v=uFaLpnrCzTY&feature=share

 

 

Billes en tête 1 (reste le 3)

putain oh les boules. entre du décalé rigolo du haut-hasardeux du sérieux perplexe du très sérieux métaphysique du mystérieux fantastique du très très mais déjà hors de toute préhension hein, même en bossant comme un arracheur de chiendent dieu de dieu ça résiste toujours à fond cette saloperie là…

– Excusez, mais…

la merde c’est quand tu comprends que c’est trop tard. raté le coche – le boulot d’importance respectable – les bons zamis – le monde mode d’emploi – comment c’est penser et vivre vraiment – et zbam te vlà recuit comme un bulot caoutchouteux – sais jamais tout à fait dans quoi tu mords ! – t’aimerais t’expliquer – savoir raconter les pour qui les pour quoi mais c’est de l’assaisonnement ou des reflux aigres – des on-dit mal pré…

– Ah pardon vraiment ! Je ne faisais pas assez attention parce que cette stupéfiante apparition cette tension calme et grêlée – ce bouillonnement tranquille – là sur le blanc du mur j’en suis…

tu sais pas ce qui faut dire – en vrai. première connerie. tu crois que quelque part quelqu’un : « le ton rose fuchsia général là – voyez c’est des reflets de chair – on est dans un réel mais voilé – distancié hygiénique – incarné-désincarné – le souffle infime d’une vie qui advient – quelque chose entre l’IRM moléculaire et une onde inaugurale révolutionnaire – une matrice pleine et féconde – la rotondité planétaire – bulleuse-bulbeuse qui sait ? – l’ivresse des profondeurs paléontologiques et physiologiques – champagne pour tout le monde. les Frères Infiniment : le grand et le petit. l’angoisse servie avec. comme les Bogdanov – font croire qu’ils sont pas complètement d’ici depuis leurs creux – bosses et emballages alu incendiaires. des zéros…

– Ah vous aussi ça…

xième erreur tu crois encore que quelqu’un quelque part sait pour de vrai – tout de go te vlà rapeti…

– Assurément … comment ne pas ? Trouver le ton si juste et puis la série là vous voyez – mais si – en diagonale – cette fulgurance rythmique de billes surgissant au garde à vous – incroyable roulement – une horlogerie cosmique ou alors c’est peut-être… nous ! – humbles et en somme courbés aussi devant cette glabre origine du monde – spectateurs-partenaires fugitifs et abasourdis du magmas corpusculaire interne – cellules – ovules – globules – la cathédrale utérine encore apparemment à sec mais pas loin tout juste j’ouïs l’humus profond d’échos vibrants – humides rares et satellisés – Padirac et ses poissons devenus aériens – translucides et dix-mille fois secrets. (Plic.)

– Oui je me disais aussi… Ça me troublait me déchirait me dévastait totalement mais vous parlez si bien de mes émotions que …

et donc toujours selon que j’ai bien répondu au défi et vu et dit le truc qui et le truc que… s’ensuit « oh génie enfin jailli des bulles roses » comme Aladin quand il a frotté sa magique lampe alors sûr ça c’est un fantasme originaire masturbatoire… cette éruption contenue jusqu’au lâcher de Woody Allen et sa compagnie de spermachutistes.

– GO GO GO !

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